Les pays du Sud : l’avenir de l’énergie solaire ?

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Chaque jour, les régions désertiques reçoivent (du soleil) 700 fois plus d’énergie que la population mondiale en extrait des combustibles fossiles. Les pays du Sud disposent donc d’un immense potentiel comme réservoir d’énergie solaire. Et cela n’est pas sans conséquences …Le soleil au pouvoirLe soleil fournit, surtout dans le Sud, des quantités hallucinantes d’énergie. Hassan bin Talal, ancien président du Club de Rome et membre du World Future Council, s’en explique : « Les déserts, en particulier, sont les régions qui présentent les meilleures conditions préalables pour l’exploitation de cette énergie, et l’installation de collecteurs y a l’impact le plus faible sur la biosphère. (…) Chaque jour, ces régions reçoivent – du soleil – 700 fois plus d’énergie que la population mondiale en extrait des combustibles fossiles. » Cela implique que les régions qui se prêtent le mieux à des projets d’énergie solaire de grande envergure se trouvent surtout dans les zones désertiques du sud-ouest des États-Unis, en Australie et dans le Sahara.Une technologie qui a du potentielDans les grands projets d’énergie solaire, du moins ceux qui sont mis en œuvre dans les déserts, l’électricité générée doit être transportée sur de longues distances. Pour des raisons techniques, ces réalisations sont moins efficientes si l’on utilise des cellules photovoltaïques plutôt qu’une autre technologie solaire, l’énergie solaire à concentration (CSP – concentrated solar power). Comme son nom l’indique, le principe de la CSP consiste à concentrer l’énergie solaire. Généralement, il s’agit de miroirs, par exemple sous forme plane ou d’auge, qui concentrent les rayons du soleil en un seul point ou sur une seule ligne, où apparaissent des températures très élevées : jusque 1.000 °C. Cette technologie est utilisée pour chauffer de l’eau. Cette eau se transforme en vapeur, laquelle actionne une turbine, et le mouvement qui en découle est converti en électricité. Un autre type d’installation thermosolaire, la cheminée solaire, joue le rôle d’une sorte de haute serre dans laquelle l’air chaud monte et fait tourner une turbine qui, à nouveau, génère de l’électricité.À grands pasGrâce à la recherche, au développement et à une production à plus grande échelle, les systèmes CSP deviennent de plus en plus efficaces. Au cours des dernières décennies, le nombre de ces installations a augmenté de façon exponentielle. Prenons par exemple les groupements d’installations thermosolaires du désert de Mojave en Californie. Ces installations fonctionnent maintenant depuis plus de 20 ans et injectent 350 mégawatts (MW) dans le réseau : suffisamment pour alimenter 200.000 familles. L’installation est désormais amortie et elle fournit du courant à un tarif plus avantageux que celui provenant des centrales fonctionnant avec des combustibles fossiles ou à l’énergie nucléaire. Depuis, des installations CSP sont également entrées en activité dans plusieurs régions d’Espagne. Celles qui ont été achevées en 2009 et au cours de la première moitié de l’année 2010 fournissent déjà, conjointement, 470 MW ; en outre, des installations sont en construction pour une puissance totale de 1.742 MW. Et d’autres installations thermosolaires, représentant une puissance totale de 9.659 MW, sont annoncées aux États-Unis, auxquelles il faut ajouter 2.000 MW en Chine (dans le désert de Mongolie) et quelques centaines de MW en Espagne. Des projets de construction d’installations CSP existent également en Australie.Qu’en est-il du Sud ?Le Sud n’est pas en reste. Tant au Maroc qu’au Soudan, des projets d’installations thermosolaires sont élaborés pour une puissance totale de 2.000 MW. La Tunisie, l’Algérie, l’Egypte, la Jordanie, la Turquie, l’Israël et l’Iran marquent un intérêt pour la réalisation de projets similaires. Le projet le plus ambitieux est assurément le projet ‘Desertec’. Il s’appuie sur différentes sources d’énergie durable comme l’énergie éolienne, l’énergie hydraulique et l’énergie issue de la biomasse mais, pour fournir de l’électricité, la part du lion reviendrait aux systèmes CSP. D’ici 2050, ce mégaprojet a pour objectif de générer 100 gigawatts d’électricité, soit 15 à 20 % des besoins énergétiques de l’Europe. Pour cela, 2.500 kilomètres carrés sont nécessaires – c’est la taille de la province du Limbourg. Ce sont surtout le Sahara et, éventuellement, le Moyen-Orient, qui fourniraient la surface nécessaire. La prise de conscience croissante que le Sud constitue une source d’énergie (solaire) quasiment inépuisable a d’ailleurs eu une conséquence politique frappante. En effet, en 2008, à l’initiative de Nicolas Sarkozy, l’Union pour la Méditerranée (UPM) a été lancée : il s’agit d’un accord de coopération entre les pays de l’Union européenne et la plupart des pays méditerranéens non européens. Un des six sujets qui sont à la base de cet accord est précisément la possibilité d’une collaboration avec les pays nord-africains et du Moyen-Orient en matière d’énergie solaire. Entre-temps, a également vu le jour, au sein de cette Union pour la Méditerranée (dont le siège est établi à Barcelone), le Plan solaire méditerranéen. Celui-ci est en grande partie inspiré du concept Desertec et a pour ambition de générer d’ici 2020 environ 20 GW d’électricité solaire dans les régions entourant la Méditerranée, avec l’objectif explicite de destiner une partie de la production à une utilisation locale, tandis qu’une autre partie serait destinée à l’exportation. Récemment encore, les 11 et 12 mai 2010, une conférence s’est tenue à Valence, en Espagne, entre les pays de l’UE (dont la Belgique) et d’autres membres de l’Union pour la Méditerranée, au cours de laquelle a été examinée la feuille de route qui doit conduire à la poursuite de la concrétisation du Plan solaire méditerranéen. Cette feuille de route avait été élaborée par la FEMIP (Facilité euro-méditerranéenne d’investissement et de partenariat), une branche de la Banque européenne d’investissement. Deux semaines plus tard, le projet ‘Transgreen’ a été officiellement annoncé au Caire, en Egypte, à l’occasion d’un sommet de l’Union pour la Méditerranée. Ce projet – qui fait partie du Plan solaire méditerranéen – a pour objectif de créer un réseau électrique sous-marin entre l’Afrique et l’Europe.Le revers de la médaille ?Il est certain que les projets CSP dans le Sahara et au Moyen-Orient soulèvent beaucoup de questions, essentiellement en raison du fait qu’une partie importante de l’énergie qui y sera générée serait vendue à des pays plus riches (européens en l’occurrence). De plus, le fait qu’une grande partie des investisseurs proviennent de pays riches (européens) peut également susciter de la méfiance. Cependant, Greenpeace, entre autres, a manifesté son soutien à des projets comme Desertec. Andree Böhling, expert en énergie chez Greenpeace, affirme que « l’initiative est une des réponses les plus intelligentes aux problèmes environnementaux et industriels mondiaux ». Parmi les effets collatéraux intéressants de ces projets, on peut notamment citer la mise au travail de la population locale, le dessalement de l’eau à l’aide de la chaleur résiduelle des systèmes CSP, précisément dans des régions où les besoins en eau douce deviennent de plus en plus grands. Une dépendance énergétique européenne trop importante vis-à-vis des pays concernés ne doit pas être redoutée non plus, notamment parce qu’il est ‘seulement’ question de 17 % des besoins en électricité de notre continent, les fournisseurs étant répartis sur un grand nombre d’installations et sur un nombre de pays relativement important. En outre, les pays concernés se rendront bien vite compte qu’une stabilité insuffisante de la fourniture d’électricité aurait pour conséquence que les régions qui sont leurs clientes chercheraient d’autres sources d’énergie, leur faisant ainsi perdre des revenus importants. Les projets d’énergie solaire de grande envergure dans le Sud semblent donc mériter à tous égards le bénéfice du doute.

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