Un an après Fukushima : compte rendu de la visite de Bernard Bigot

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Un an après Fukushima : compte rendu de la visite de Bernard Bigot

Bernard Bigot, Administrateur Général du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), a été sur le site de Fukushima du 18 au 22 février avec le ministre Eric Besson dans le cadre d’une visite au Japon. Ils y ont rencontré les ministres Edano (industrie) et Ossono (environnement).

Cet article reprend l’interview que M. Bigot a donnée pour Libération.

Le premier impact de M. Bigot à son arrivée sur le site de la centrale Fukushima Daï-Ichi concerne la zone interdite, d’un rayon de 20 km autour de la centrale. Un dispositif très vaste a été mis en œuvre visant « à faire entrer et sortir 3.000 personnes par jour tout en respectant un contrôle de radioprotection rigoureux », semblable à celui d’une centrale. De plus, l’évacuation rapide a laissé des traces sur le paysage comme des voitures garées devant les maisons, visiblement abandonnées.

Les relevés que l’équipe de M. Bigot a pu faire concernant la radioactivité sont variés : « Avec deux microsieverts par heure à l’orée de la zone, puis plus loin des pics 45 microsieverts par heure, une dizaine à l’entrée de la centrale, et nettement plus près des réacteurs. Calculez : 45 microsieverts par heure, cela fait environ 400 millisieverts par an, c’est beaucoup. »

Le site de la centrale ressemble à « un énorme chantier » où tous les travailleurs sont équipés de combinaisons de protection et de masques filtrants. Dans le centre de crise, QG des opérations, il n’y a pas de fébrilité selon M. Bigot. Et on y trouve aussi des marques du soutien aux travailleurs de la part de la population et de leurs familles : des origamis.

La centrale est, quant à elle, dévastée. Le mur de 6 mètre de haut a été couché par la vague de 15 mètre du tsunami. Dans sa course elle a emporté des engins énormes allant jusqu’à 40 tonnes. Cependant, « ce qui l’emporte, c’est la dévastation provoquée par les explosions d’hydrogène. »

La priorité actuelle des équipes est de pouvoir accéder aux piscines où se trouve le combustible usé, un autre séisme pourrait rendre la situation encore plus critique. Les japonais espèrent y parvenir « dans un délai de deux ans ».

D’après M. Bigot, les installations de la centrale ont « très bien réagit » et les réacteurs ont été stoppés par les systèmes automatiques. Les problèmes seraient survenus après, à cause d’« une forte désorganisation et un manque de décisions et pas nécessairement une bonne coordination avec le gouvernement. »

« Au lieu d’apporter pompes et générateurs par hélicoptères, ils ont essayé par la route avec des camions de pompiers. Et cela a échoué très près de la centrale où la route était effondrée », explique M. Bigot.

L’accident aurait pu être évité si le gouvernement avait pris en compte le risque de tsunami concernant la centrale de Fukushima Daï-Ichi, construite il y a 40 avec les américains de General Electric. « La conception a été faite sans doute par des gens non natifs de la région, peu sensibles au risque du tsunami. »

Cependant, d’après M. Bigot, les dégâts auraient pu être gérés même après le séisme : « plus de 12 heures étaient disponibles pour acheminer des moyens d’urgence. Et même si la fusion des cœurs n’avait pu être évitée, il y avait encore le moyen d’empêcher le cycle infernal de la montée en pression dans l’enceinte de confinement du réacteur, suivie des explosions d’hydrogène libéré en éventant les enceintes dans des bâtiments fermés, au moins sur les réacteurs 1 et 3. Dans ces conditions de non-explosions, le relâchement de radioactivité aurait été limité.»

Malgré les critiques adressées à TEPCo sur le fait que les informations médicales des équipes actuellement sur le site, M. Bigot semble convaincu que le suivi des travailleurs est très bien géré de la part des autorités japonaises. Près de 290.000 personnes ont été recensées comme ayant reçu des radiations ou pris le risque de contamination. D’après les autorités, « il n’y a pas de personne montrant des problèmes sanitaires majeurs parmi les personnes irradiées et due à cette irradiation.»

Le gouvernement japonais essaye de reconstruire la confiance des populations par la volonté de reconquérir des parcelles de terrain contaminé mais en dessous du seuil de danger. Les dosimètres individuels que portent les citoyens dans les environs du site semblent jouer un rôle rassurant par leur calcul en temps réel des radiations et du cumul de radiations.

Mais pour M. Bigot cet accident ne prouve pas que le risque nucléaire n’est pas maîtrisable, sous réserve de « prendre de manière stricte les dispositions nécessaires ». Les réacteurs de 3ème génération comme celui de Flamanville « sont des forteresses qui garantissent cette sûreté ».

« Je crois sincèrement que l’on peut faire un nucléaire responsable et sûr. Et la conscience du risque doit déboucher sur une exigence absolue d’éviter le relâchement de radioactivité, même en cas de fusion du cœur, ce qui est possible, comme l’a montré, paradoxalement, l’accident de Three Miles Island en 1979 », conclut M. Bigot.

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